lunedì 22 agosto 2016

Présentation du livre de Matiah Eckhard en Italie

Le livre de poèmes traduits en italien Lontani canti sacri di dove sono nato sera présenté  en Italie le 22 août 2016 à Torre a Mare (Bari) et à Lecce, le 23 août auprès de l'association pour la poésie contemporaine "Fondo Verri".
L'association Euromédia remercie chaleureusement les organisateurs pour ces rencontres!

domenica 24 luglio 2016

Le pur son du monde

préface au livre de Matiah 
Lontani canti sacri di dove sono nato
Edition Levant, 2016

par Angela Biancofiore


   Comme de petites gouttes de lumières sur la page, Matiah a distillé son parcours poétique. La douleur a rendu précieuse la vie, la maladie a ajouté de la valeur à la lumière du soleil, à la main d’un ami, à un regard d’amour.
   Poèmes pleins de lumière, qui jaillissent d’une intimité obscure où des forces incommensurables se heurtent pour plier la vie du corps.
     La parole se dresse, au-dessus de la douleur physique, pour rappeler son appartenance à quelque chose d’éloigné et d’indéfini : lointains chants sacrés.
    Une parole qui devient de plus en plus consciente de son chant secret, lorsque la pensée poétique explore la pure présence au monde.
    Dans les poèmes, comme de pures gouttes de lumière, nous pouvons percevoir quelque chose qui va bien au de là de leur sens ordinaire, quotidien.
    Nous assistons à un formidable effort de l’esprit tendu vers sa réalisation : l’auteur nous invite à lire profondément, afin de conquérir le secret, l’intime fruit qui se cache dans la coque du langage.
    Sous la peau éraflée des mots, nous retrouvons un horizon immense, sans limites, « que l’entendement humain n’a pas eu le temps de salir», et la lecture, tel un chemin initiatique, nous guide vers un espace ouvert que nous avons perdu et – pendant un moment – oublié.
    Nous pénétrons, avec le poète, dans une sphère de vie au-delà du temps et de l’espace, où le monde s’exprime uniquement dans un échange continu de matière et d’énergie.
    Le poète entend se relier à cette vision du monde, où le passé et le futur ont perdu leur raison d’être, où seulement existe le présent de la conscience.
    Dans cette dimension nouvelle, le moi se dissout pour s’ouvrir à l’autre, dans un mouvement ininterrompu de radicale générosité :

se donner à boire à l’univers
s’imaginer dans le don de soi à l’extérieur de nous-mêmes.
Alors je suis cette eau qui jaillit sans cesse de la roche
sous la lumière harmonieuse. 

 
Matiah, profondément poète et musicien, réalise la pleine présence puisqu’il arrive à percevoir le monde comme résonance :
 

Ainsi je vibrerai en harmonie avec l’univers
Je deviendrai une corde unique
mais accomplie dans la lyre cosmique.
Ne faire plus qu’un avec le Cosmos .

 

    Voici l’acte suprême : la parole exprime, de manière concise et sublime, le geste de libération de l’attachement au corps et au moi.
    La poésie de Matiah se révèle comme un don précieux, si nous avons le courage de lire en profondeur et d’accomplir  en nous cette transformation qui nous conduit  à la pure présence.
    Libres des concepts, nous pouvons enfin entendre le pur son du monde.

 



 

Les poèmes de Matiah en italien

Lontani canti sacri di dove sono nato : c'est le titre du livre de poèmes de Matiah en italien qui vient de paraître publié par les éditions Levant, 2016 (editions.levant@gmail.com).
Nous publions ici la préface de Angela Biancofiore aux poèmes de Matiah Eckhard traduits en italien par les élèves du Lycée d'Alzon de Nîmes.




Il puro suono del mondo
di Angela Biancofiore

Come piccole gocce di luce sulla pagina, Matiah ha distillato il suo percorso poetico. Il dolore gli ha reso la vita preziosa, la malattia ha aggiunto valore alla luce del sole, alla mano di un amico, ad uno sguardo d’amore.
Poesie piene di luce, che sgorgano da un’intimità oscura dove forze incommensurabili si scontrano a piegare la vita del corpo.
La parola si erge, al di sopra del dolore fisico, per ricordare la sua appartenenza a qualcosa di remoto e non ben definito : « lontani canti sacri ».
Una parola che diventa sempre più consapevole del suo canto segreto, quando il pensiero poetico esplora la pura presenza al mondo.
Nelle poesie, come pure gocce di luce, possiamo percepire qualcosa che va al di là del loro senso ordinario, quotidiano.
Assistiamo ad un poderoso sforzo dello spirito teso verso la sua realizzazione : l’autore ci invita a leggere dentro, ci spinge a conquistare il segreto, l’intimo frutto nascosto dentro al guscio del linguaggio.
Sotto la pelle scalfita delle parole, ritroviamo un orizzonte immenso, senza limiti, « non inquinato dall’intelletto umano »,  e la lettura, come cammino iniziatico, ci guida verso uno spazio aperto che abbiamo perso e - per un attimo - dimenticato.
Ci addentriamo, assieme al poeta, in una sfera di vita oltre il tempo e lo spazio, dove il mondo si esprime essenzialmente come scambio continuo di materia ed energia.
Il poeta intende collegarsi a questa visione del mondo, dove passato e futuro perdono la loro ragion d’essere, e dove soltanto esiste il  presente della coscienza.
In questa nuova dimensione, l’io si dissolve per aprirsi all’altro, in un movimento ininterrotto di radicale generosità :

« dare se stessi come acqua da bere all’universo
immaginarsi nel dono di sé fuori da noi stessi.      
Allora sono io quest’acqua che sgorga incessantemente dalla roccia
sotto la luce armoniosa. »

Matiah, profondamente poeta e musicista, vive la piena presenza poiché riesce a percepire il mondo come risonanza :

« Così vibrerò in armonia con l’universo,
diventerò una corda unica
ma compiuta nella lira cosmica.
Diventare un tutt’uno con il Cosmo ». 

Ecco l’atto supremo : la parola esprime, in modo conciso e sublime, il gesto di liberazione dall’attaccamento al corpo e all’io.
La poesia di Matiah si rivela come dono prezioso se abbiamo il coraggio di leggere dentro e di operare su di noi quella trasformazione profonda che ci permette di giungere alla piena presenza.
Finalmente liberi dai concetti, possiamo prestare ascolto al puro suono del mondo.


venerdì 10 giugno 2016

Vidéo de la cérémonie de remise des prix aux jeunes poètes

Habiter poétiquement le monde signifie partager la poésie, prendre soin de la poésie des autres. En écoutant les jeunes poètes lire leurs textes, on s'aperçoit que la poésie devient source de joie.




mercoledì 25 maggio 2016

Cérémonie de remise des prix


Concours international "Matiah Eckhard" - édition 2016


Cérémonie de remise des prix aux lauréats


La cérémonie a été ouverte par les enfants de St Matthieu de Tréviers (école primaire) qui ont présenté leurs créations musicales sous la direction de Myrhiel Salim.
Ensuite c'est les jeunes collègiens d'Alès (Collège Diderot, classe de 5e) qui ont joué leur composition Les bioptimistes qui a reçu le premier prix chanson (une nouveauté cette année).
 Les bioptimistes - Premier prix Chanson


Un seul amour de Jocelyn Danga - Premier prix étudiants


Un seul soleil pour sept milliards d’êtres
Un seul tableau pour sept milliards de peintres
Sept milliards de bâtons pour une seule flamme
Un seul paradis pour sept milliards d’âmes
Pour sept milliards de rois, un seul sceptre
Pour sept milliards de messagers, une seule lettre

Sept milliards d’étoiles pour un seul ciel
Sept milliards de couleurs pour un seul arc-en-ciel
Pour un seul jardin, sept milliards de roses
Pour une seule histoire, sept milliards de proses

Sept milliards de voix pour un seul chœur
Sept milliards de pétales pour une seule fleur
Sept milliards de mots pour une seule note
Pour une seule chanson, sept milliards de notes

Un seul silence pour sept milliards de bouches
Un seul rêve pour sept milliards de couches
Un même espoir pour sept milliards de cœurs
Un seul sourire pour sept milliards de bonheurs

O doux iris ! Il n’en sera jamais de trop
Pour chacun, sept milliards d’un seul parcours
Pour tous, sept milliards d’un seul amour
Sept milliards de doigts dans un seul anneau.


Un secret de Joséphine Ponsard

Premier prix Lycées


Dans cette boîte fermée à clé,
Est enfermé un secret.
J'ai éveillé ta curiosité ?
Je sais que tu désires qu'il te soit révélé,
Mais devine quoi…
Ce secret est tout au fond de toi,
Arrête de dire que tu ne le vois pas !
Tout le monde le connaît
Pourtant tu sembles l'ignorer…
Alors sais-tu ce que c'est ?
C'est ta force,
Ta force d'avancer
En laissant de côté ta douleur,
tes pleurs, tes peurs.
Ta force d'affronter les épreuves
Sans jamais tomber et abandonner.
Alors garde en sécurité cette clé,
Pour que jamais,
Ton secret ne te soit enlevé.
Mais n'hésite pas à le partager,
Tant de gens seraient soulagés,
De pouvoir à nouveau rire et sourire.
Ne les laisse pas partir déçus,
La vie mérite d'être vécue.
Aide-les à déployer leurs ailes,
La vie est tellement belle. 


 

Lorsque 2015 les sépara de Mina Saintrapt
Premier prix Collèges


Lorsque 2015 les sépara
Nous croyons plus en nos origines qu’en nos avenirs
Pleurons moins les voisins étrangers que ceux que l'on n’a point aimés.
Hésitant à aider ou à pousser la mère,
A chérir ou à buter l'enfant,
A respecter ou à lapider le père.

Les heures passent.
                  Les jours,
                              les mois,
                                       les rires
                                                   et les pleurent passent.
et on oublie cette belle rosée,
belle mais ensanglantée qu'était cette matinée.
Ce matin où la mère, l'enfant, le père étaient morts.

D'une balle, on leur avait ôté la vie,
Pour une quête de liberté, on les avait noyés
Et pour être restés dans leur pays, ils avaient brûlé.
                                                                                       Ils étaient morts.
Et c'est dans une morosité nauséeuse
que j'ai écouté la journaliste;
elle expliquait comment ils étaient morts,
pour quelle cause,
et dans quelle panique !
C'était le BATACLAN
c'était la mère Musique.

Et c'est dans un glacement de dos
que j'ai écouté les beaux parleurs,
annonçant sa lutte dans la tempête,
sa peur dans les cris,
et ses rires à tout jamais évanouis.
C'était le petit AYLAN;
c'était l'enfant des rires, tel le Petit Prince brun.

Et c'est dans des pleurs un mercredi midi
que j'ai appris par des parents dévastés
qu'ils étaient morts
pour de l'écrit mélangé à la liberté;
assassinés sans avoir eu le temps d'arrêter de rire.
C'était CHARLIE HEBDO !
C'était le père Artiste.

                                                        Alors oui,
                                               La famille est morte,
                                             du frère jusqu'à la mère
                        Tués par des djihadistes, des terroristes, des anarchistes....
                                            Mettez-y autant de "istes" que vous voulez !

Mon seul pouvoir,
La seule chose que j'ai pu décider
dans cette histoire...

fut de choisir,
Que dans chaque Musique,
chaque Ecrit
chaque Rire
et peut-être bien dans chaque paysage admiré,
                                              Il y aurait une pensée,
                                                                                        Pour le Petit Prince brun,
                                                                                     Pour le père Artiste,
                                                          et pour la mère Musique.




Prix attribués en 2016
Premier prix Universités (l’inscription à un établissement n’est pas obligatoire)
Jocelyn Danga  Un seul amour  (Kinshasa, Congo) à l’unanimité 
Premier Prix Lycées
Joséphine Ponsard  Un secret (Institut D’Alzon, Nîmes) 
Premier Prix Collèges
Mina Saintrapt  Lorsque 2015 les sépara  (Collège Jean Moulin, Sète) 
Premier Prix Chanson : Les bioptimistes, classe de 5e5, Collège Diderot, Alès.

Récompenses : Premier prix universités: 300€, premier prix Lycées 200 € en bon d’achat en librairie, premier prix Collèges 100€ en bon d’achat. Premier prix chanson 200 € en bon d’achat en librairie pour la classe entière.

Le jury a voulu signaler par des « mentions spéciales » les poèmes qui présentaient un intérêt particulier en raison du message, du style et de leur originalité. Les jeunes reçoivent ainsi un livre de littérature en cadeau, une carte poétique et l’attestation du jury.
L’association adresse à tous les autres participants une attestation et une carte poétique où figurent certains poèmes primés en 2015.



Vers une poésie planétaire?


par Angela Biancofiore



Le Jury du Concours international de poésie « Matiah Eckhard » a reçu en 2016 environ cent vingt poèmes  du monde entier : Canada, Togo, Roumaine, Congo, Tunisie, et… de toute la France. Le prix de poésie est désormais connu à l’étranger, notamment dans les pays francophones, grâce au travail de diffusion effectué par l’association (sites web, vidéos en ligne), par les membres du jury, les écrivains, les éditeurs et par les professeurs responsables du Florilège des écrivains en herbe francophones, M. Frédéric Miquel et Mme Marie Gola.
La nouveauté de cette année c’était l’attribution du Prix chanson qui a été conféré à la classe de 5e5 du collège Diderot d’Alès pour la chanson Les bioptimistes.
Les thèmes choisis librement par les jeunes auteurs (12-25 ans) révèlent une évolution intéressante et une nouvelle manière d’être.  Dans leurs textes les jeunes poètes soulignent l’importance de l’inter-connection : par les média, le web et les réseaux sociaux quelque chose a profondément changé, la manière de créer, d’écrire, de parler, de penser des jeunes (et des adultes) s’est transformée. Le titre du poème de Jocelyn Danga (Congo) qui a obtenu le premier prix poésie est très significatif : Un seul amour, un seul cœur, une conscience unique et multiple qui se développe et qui évolue en étroite relation avec la terre et le cosmos. Voici un extrait :

Un seul soleil pour sept milliards d’êtres
Un seul tableau pour sept milliards de peintres
Sept milliards de bâtons pour une seule flamme
Un seul paradis pour sept milliards d’âmes
Pour sept milliards de rois, un seul sceptre
Pour sept milliards de messagers, une seule lettre 
(Jocelyn Danga, Congo)

Le poète Paul Valéry comparait la prose à la marche et la poésie à la danse : par leurs poèmes. En effet, dans beaucoup de textes on perçoit une grande sensibilité au rythme,  à toute forme rythmique, on y découvre un amour immense pour la musique,  au sens large, et en particulier, pour la musique de la langue.
A travers les poèmes  émergent les préoccupations les plus profondes des jeunes : un point central cette année est le refus de la violence sous toutes ses formes (attentat, guerre civile, conflits, violence contre les femmes, massacres engendrés par la migration).
Il est remarquable le fait que certains poèmes sont de véritables pamphlets contre les discriminations : ce n’est pas un hasard si l’engagement  est le thème choisi cette année pour le 7e colloque Florilège des écrivains en herbe, qui aura lieu durant la 31e Comédie du Livre  de Montpellier (le samedi 28 mai à 10h, à la Canopée).
De nombreux auteurs qui ont participé au concours célèbrent le bonheur de l’instant : la joie de l’été qui arrive, la douceur du printemps, la beauté de la rose révélant la beauté du monde, le bonheur d’être ensemble. Ainsi nous voyons clairement le lien avec les poèmes de Matiah, qui arrivait à apprécier chaque instant, malgré la souffrance, et qui vivait de manière profonde la joie de l’amitié. C’est surprenant ! Les jeunes ont une perception formidable… ils arrivent clairement à ressentir l’esprit qui anime notre concours poétique.
Un grand merci aux enseignants qui ont montré un véritable « engagement » sur le terrain de la poésie : souvent les élèves de lycée et de collège n’osent pas envoyer leur poème, c’est pourquoi un petit mot d’encouragement du professeur peut les aider à passer à l’acte. Et alors c’est un plaisir que d’entendre : « ça y est, madame, je l’ai fait, j’ai envoyé mon poème ! »
Le jury remercie vivement Mme Mariline Pascaud Ristori, Professeur d’Italien à l’Institut d’Alzon de Nîmes, pour avoir soutenu les élèves qui ont participé au concours et pour avoir effectué un vrai travail d’édition : puisque ses élèves ont exprimé le désir de traduire le livre de Matiah en italien, elle a fait de cette initiative un véritable projet collectif. L’ouvrage a été publié par les éditions Levant et il sera présenté à la Comédie du livre le dimanche 29 mai à 15h sur le stand de Florilège (Esplanade).
Pour leur action pédagogique  en faveur de la création poétique, le jury du concours adresse un remerciement particulier à Mme Annette Bénéfice, Professeur de Lettres au collège Jean Moulin de Sète, aux enseignants qui ont coordonné le travail de composition de la chanson Les bioptimistes du collège Diderot d’Alès (Mme Evelyne Devesse, Professeur de Lettres, Mme Corinne Marc, Professeur de Musique, M. Pierrick Touguet, Professeur d’Histoire-géographie), à Mme Isabelle Mounime, Professeur de Lettres au collège « Ray Charles » de Fabrègues et à Mme Rosanna Primon, Professeur d’Italien (lycée « Joliot Curie » de Sète) qui nous a envoyé des poèmes en français et en langue italienne.
 
La poésie : désir de parole, désir de partage
Autour des poèmes qui ont reçu une mention spéciale du jury
Les jeunes poètes ont montré un engagement profond, ils nous invitent, par leurs textes, à méditer sur les ravages de la violence, ils nous montrent qu’on peut avoir le courage de rêver et de croire en un monde meilleur :
Daniel Aziabor, un jeune du Togo, nous envoie un poème bouleversant sur la guerre civile en Afrique :
Frère, pourquoi me persécutes-tu?
On est du même arbre
Fils de la même savane
Avant c'était le colon disait-on
Aujourd'hui, c'est nous-mêmes, frère

Un autre cri se lève de Tunisie contre les luttes fratricides, c’est une jeune fille, Rihab Tammar, qui s’exprime ainsi :
Un autre martyr s'ajoute à la liste.
Un ange a disparu à cause des djihadistes.
Ce n'est pas assez? Mettons fin aux tueries!
Le terrorisme n'a pas de place en Tunisie!
(Hommage à Mabrouk Soltani)

Serge Pourrowsky, dans son poème intitulé Trêve, imagine un monde sans violence, sans ennemis :

Cédons à la tentation d'un imaginaire
Où nous reposerions hors de la guerre
Un univers où l'amour n'aurait pas de fin,
Où la grâce nous toucherait enfin !

Gagnants ou perdants, nous rêverons de grandeur
Désarmés et dépourvus d'ennemi.
Nous avancerons vers la nouvelle patrie
Bâtie sur notre incoercible candeur.

En effet, la force de ces auteurs réside dans leur imaginaire, dans leur capacité de croire, avec « candeur », à la nouvelle patrie. Loin des regards blasés, voire indifférents, loin des stéréotypes médiatiques, les jeunes poètes ont envie de ré-inventer leur langue.
Yaël Ciancilla, jeune lycéenne de Montpellier (Lycée J. Monnet), lance un cri d’alerte et prend position contre la violence. Ses mots sont particulièrement attentifs à l’invisible souffrance des animaux sur laquelle notre société est bâtie :  

Tant qu’il y aura des syndromes diagnostiqués,
Tant qu’il y aura des tueurs, des détraqués,
Tant qu’il y aura, au fer, du bétail marqué,
Tant qu’il n’y aura plus d’amour communiqué,
Tant qu’il n’y aura pas le droit de répliquer,
Il y aura des poètes pour le revendiquer.
 (Tant qu’on ne comprendra pas)


En quelque sorte, les jeunes poètes ressentent la nécessité de prendre la parole afin de révéler leur monde intérieur : ainsi Manon Nafraicheur (Institut D'Alzon, Nîmes) arrive à trouver les mots, malgré la souffrance, pour décrire ce qui se produit dans son esprit :


L'angoisse est un ver insatiable
Hurlant des lettres illisibles,
Elle cultive l'enfer dans mes veines,
Perçant un sillon dans mes plaies béantes,
Arrachant mon cœur, si sereine,
Écumant mon sang, terrifiante
Infection, alchimiste du chaos,
Rongeant mon souffle et brisant tous mes os.
(Malepeur)




On dirait que dans les poèmes une transformation s’opère : l’observation des états de la conscience devient la première étape d’un chemin vers la conquête de l’équilibre intérieur, tandis que la souffrance nous aide à reconnaître le bonheur véritable.

Maureen Burlot, nous invite à la réflexion,  elle ose briser le silence et arrive à trouver la voix juste pour exprimer, en poésie, sa douleur, son envie de trouver refuge :
Il y a de terribles vérités qu'il vaut mieux chanter.
Des mots et des voix qui d'ironie sont teintés.
J'ai trouvé dans mon long séjour solitaire,
Un endroit où me réfugier, en marge, un repos solaire.  
(Il faut fuir le monde des hommes).

Manon Saturnino, dans un poème particulièrement actuel sur le rapport entre  monde virtuel et monde réel, exprime son désir d’un espace authentique où l’esprit pourrait retrouver sa véritable demeure :
L'éphémère parfois me fait si peur
Je ne veux plus être l'esclave des heures
Qui semble m'avoir fait devenir un automate
Comme si une horloge se trouvait dans mon dos entre mes omoplates
Juste une marionnette ensorcelée
Liée à des rouages invisibles et mécanisés
Ce tic-tac incessant s'entrechoque dans mon esprit
Il doit y avoir bien plus dans cette vie






Une autre jeune étudiante, Mélissa Pagès, bâtit avec enthousiasme dans son texte un véritable hommage aux poètes de tous les temps car ils/elles ont la capacité de toucher le cœur des êtres :

Toi le mort depuis 100 ans, toi la censurée d'il y a 2500 ans, toi l'ami, toi séparé.e par l'océan, toi le professeur, toi l'amante, toi la mère, le grand-père, et vous tous qui ne savez pas, peut-être pas encore, quelle poésie vivote dans n'importe lequel de vos choix et de vos élans. Toi qui me touches par toutes les mains du vivant. 
(A chaque poète que j’ai croisé).

La poésie de certains lycéens est imprégnée d’une respiration cosmique : une sorte de conscience élargie de l’univers où l’espace et le temps sont abolis, où les sentiments peuvent trouver un autre essor :

L’infini nous réussit
Sache que tu m’as mis
Une folie inouïe
Une pensée
Celle de t’aimer
Jusqu’à ce que l’éternité
Soit à notre portée.              
 (Louis Bérard, Lycée Joliot Curie Sète.)

Avec Emmanuel Hetsch, le lecteur se laisse bercer par le rythme régulier du sonnet qui célèbre un instant de ravissement, au point culminant où la conscience individuelle et l’esprit universel convergent :

Rien ne vaut un instant se sentir solitaire,
Écouter le silence, entendre les bois sourds
Et laisser son cœur battre au rythme des tambours,
Sentir la nature, respirer le grand air,
 
Marcher seul sans un bruit, regarder les étoiles
Brillant de mille feux, éclairant mon chemin...
C'est la nuit qui me guide et me prend par la main  
Pour m'emmener en mer, élevant sa grand-voile.

Je poursuis ma route sans savoir où je vais.
J'étais maître de moi, je deviens le valet :
Le ciel sombre me mène à des milliers de lieux.

Nous sommes en osmose dans cet horizon noir ;
Ma confiance est aveugle, et ne peut plus y voir :
C’est en fermant les yeux que l’on y voit le mieux ! 

                                            Emmanuel Hetsch (Strasbourg)
La poésie des collégiens arrive bien à célébrer le bonheur de l’instant : ainsi, le poème peut jouer un rôle essentiel, celui de mettre en évidence les moments de joie et d’engendrer, par sa lecture, une joie durable :

Dans ce monde bleuté, une vie apparaît
Des êtres crissent, glissent dans cette beauté
effrayante, mais assez étrange en ce lieu.

Mais, au-dessus de ce vacarme silencieux,
Les astres flamboyants brillent de mille feux,
Un enfant s'endort en contemplant les Étoiles. 

(Alexandre André, La lumière et l’obscurité, collège Ray Charles, Fabrègues)

Une sorte d’émerveillement est exprimé par les jeunes auteurs face à la beauté de la nature, ce même sentiment qui est à l’origine de toute une tradition poétique, en particulier la poésie lyrique :

La rose quitte sa douce somnolence,
S’ouvre, s’étire et
Se met à danser
Au gré du vent qui souffle
(Victoire Soulier La rose, Collège D’Alzon)

Le jeune collégien Nascimo Kerharo, dans son poème Cinq jours, d’un ton presque biblique rappelant  la Genèse,  exprime un intense sentiment de bonheur :

Le quatrième jour, je vis une forêt
Je me promenais, écoutais, regardais, sentais
Je fis un feu, dans sa chaleur j'étais joyeux !
Le cinquième jour, je vis le paradis
Il y avait des anges, le vieil homme, la mer, la forêt et les montagnes enneigées
C’était ma vie, c’était magique !

La lecture des poèmes reçus nous amène à penser que l’écriture poétique a le pouvoir de ré-enchanter le monde, elle arrive à sculpter notre esprit. Cependant, lorsque la conscience de la mort et de la maladie apparaît, la poésie est toujours là, chez les jeunes, pour mettre des mots sur l’indicible :

Quand la vie s'en va
Quand un oiseau ne revient pas
La tristesse t'envahit
Et fait entrer la maladie

Plus de mots pour te bercer
Mais les larmes continuent de couler
Et je te promets d'avancer
Pour te guider vers la pureté

(Nathan Cohen, La Mort, 3e Collège Ray Charles, Fabrègues)

En 2015, les attentats à Charley Hebdo et au Bataclan, ont fortement touché les jeunes générations : au fond, ces événements les ont conduits à prendre conscience de l’importance de vivre en paix, tous ensemble, malgré les différences :
                                                                         
Maman.
Ce vendredi treize novembre,
je suis rentrée dans cette salle bruyante,
et j'ai dansé maman.
Maman, je viens te dire que les notes se sont tues, mais que la musique continue
(Pauline Hautot, collège St. Joseph, Montferrier)

La musique et la poésie des jeunes poètes continuent, malgré la violence et la peur, car en écrivant et en partageant un poème, on est tous ensemble. Les auteurs nous font comprendre quelque chose d’essentiel, nous sommes tous unis dans un même destin, sur une terre qui est en danger. La chanson qui a reçu le premier prix, Les bioptimistes,  est un cri d’alerte lancé aux « présidents de la planète » :
Les jeunes sont là pour nous rappeler que nous appartenons tous à une seule conscience planétaire, c’est pourquoi la poésie du futur célèbre l’amour universel :

Un seul silence pour sept milliards de bouches
Un seul rêve pour sept milliards de couches
Un même espoir pour sept milliards de cœurs
Un seul sourire pour sept milliards de bonheurs

O doux iris ! Il n’en sera jamais de trop
Pour chacun, sept milliards d’un seul parcours
Pour tous, sept milliards d’un seul amour
Sept milliards de doigts dans un seul anneau.

Un grand merci à Jocelyn Danga et à tous les jeunes poètes qui ont participé au concours de poésie pour avoir si bien exprimé notre véritable inter-relation, notre manière d’inter-être !